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L'ÎLE DE SCHWITTERS
Publié par gperthu à 16:00:08 dans Anciens numéros | Commentaires (0) | Permaliens
Détail sur l'œuvre de Roman Opalka : entretien à distance
Roman Opalka et Gwilherm Perthuis
Publié par gperthu à 15:58:28 dans Anciens numéros | Commentaires (0) | Permaliens
Publié par gperthu à 15:57:14 dans Anciens numéros | Commentaires (0) | Permaliens
Les Tableaux de Moussorgski : quand la musique anime le musée
« A l'origine, "imiter" veut dire, en art : créer un équivalent de l'objet représenté ; et cet équivalent est lui-même un objet, avant d'être le double de l'apparence d'un autre. »
Comme le disait Stravinsky, de manière provocante, la musique est par essence impuissante à exprimer quoi que ce soit. Si elle est incapable de signifier ou de représenter des objets du monde, elle peut, en revanche, montrer, c'est-à-dire mettre en œuvre. Par un jeu d'analogies avec l'espace, par un système complexe de tensions et de détentes, par la dialectique des consonances et des dissonances, par le contraste entre les dynamiques, les nuances et les registres, la musique dessine dans le temps des « formes sonores en mouvement », pour reprendre la formule du célèbre critique Hanslick ; à partir de ces formes, notre imagination cet intermédiaire entre les sens et l'intellect compose une cohérence. Ainsi la musique peut aussi « peindre », et on a d'ailleurs souvent tendance à employer une terminologie empruntée aux arts plastiques pour décrire une œuvre musicale. Ne parle-t-on pas de « couleurs », de « dessin mélodique », de « ligne », de « contour », de « proportions » et « symétries », etc. ? Le terme même de « chromatisme » ne tire-t-il pas son étymologie de l'idée de « coloration » du discours musical ?
Or, la musique de Moussorgski, plus qu'aucune autre, a suscité dans la littérature critique l'utilisation d'un vocabulaire pictural. Son pouvoir expressif et sa force de caractérisation ont porté depuis toujours ses auditeurs à comparer cette musique à de la peinture. Le compositeur lui-même, au demeurant, prétendait se sentir plus proche des peintres que des musiciens[1]. Il n'est donc guère surprenant de le trouver, au printemps de l'année 1874, en pleine effervescence[2] lorsqu'il compose ses Tableaux, en s'inspirant d'une exposition rétrospective consacrée à l'œuvre de Victor Hartmann. Ce qui est plus surprenant, peut-être, c'est de découvrir les quelques tableaux qui nous sont parvenus aujourd'hui croquis de voyage, projet de décors pour un ballet, pour des objets du quotidien (pendule, jouet), projet architectural (la Grande Porte de Kiev) après avoir entendu la musique de Moussorgski. Force est de constater en effet que le compositeur a transcendé les tableaux assez statiques de Hartmann, en leur donnant une vie dont ils étaient dépourvus.
Cette vie, le compositeur l'apporte grâce au mouvement qu'il injecte aux images. Première étape de cette mise en mouvement : il conçoit une « Promenade », sujette à variations, qu'il utilise comme transition d'un tableau à l'autre. Les indications agogiques témoignent de l'humeur du promeneur qui réagit à ce qu'il voit : con delicatezza, pesamente, tranquillo, andante non troppo, con lamento... Petit à petit, la promenade se met à anticiper les numéros qui suivent ; en deux occasions, elle se fond même aux tableaux. Le promeneur est descendu dans les Catacombes, et il dialogue avec les morts sur le thème de la promenade. On le retrouve également au beau milieu des cloches de La Grande Porte de Kiev qui carillonnent à tous vents, dans le tableau final.
La musique est un art du temps elle se déroule dans le présent de l'exécution, et façonne l'espace en jouant avec notre mémoire. Moussorgski use avec habileté de ce principe pour construire certains de ses tableaux, dont Baba-Jaga (La Cabane sur pattes de poule) ou le Gnome sont peut-être les exemples les plus frappants. Bien que savamment construites, ces deux pièces donnent l'impression d'une forme qui s'invente à chaque instant, l'oreille de l'auditeur étant constamment soumise à la surprise par des effets inattendus. Dans le Gnome, par exemple, les jeux d'interruptions et de suspensions, d'inversions et de renversements carnavalesques, d'élargissement et de rétrécissement du discours, de ruptures et de contrastes, suggèrent une écriture musicale du grotesque. Même lorsque l'auditeur croit avoir saisi l'irrégularité qui préside au déroulement musical, son attente est déjouée par l'arrivée inopinée d'un nouvel événement sonore. Le caractère imprévisible de l'écriture brosse un portrait saisissant de la difformité. Se profile de manière étonnamment expressive un être disgracieux et maladroit, qui aspire parfois à la grandeur mais retombe en boitant à sa condition de gnome. Plus que la peinture même de laquelle Moussorgski est parti, la musique montre la difformité parce qu'elle la met en mouvement dans une structure malléable et polymorphe.
Estimant que Moussorgski avait su aller au-delà du simple contenu des tableaux pour trouver une forme musicale pure, satisfaisante en-dehors de tout programme extramusical, Vassily Kandinsky, en 1928, accepta l'offre du directeur du Friedrich Theater de Dessau, qui consistait à transposer dans une version scénique la musique des Tableaux d'une exposition. La représentation imaginée à cette occasion par Kandinsky, sous forme de 16 tableaux musicaux animés par des événements plastiques formes géométriques en mouvement, couleurs et effets de lumière , permit au peintre d'expérimenter de manière privilégiée les liens qu'il imaginait entre les sons et les couleurs, ainsi que d'approcher son idéal de synthèse des arts. L'aller-retour est donc accompli : musique et peinture se trouvent indissociablement liées dans un rapport où l'on ne sait plus très bien quel objet est le double de l'apparence de l'autre (voir citation en épigraphe).
Publié par gperthu à 15:55:35 dans Anciens numéros | Commentaires (0) | Permaliens
Conrad Witz
Michel Butor
1 La rusticité des visages, la massivité des corps.
2 Les gemmes, sur les auréoles des rois mages, sur la mitre et les bijoux de l'évêque, sur la bordure du
manteau blanc de Saint Barthélémy, la goutte de sang sur son couteau.
3 Le bleu du ciel dans la fenêtre de la Synagogue à demi fermée d'un volet, sombre en haut, s'éclaircissant,
de plus en plus vert en descendant ; les caractères hebraïques sur les tables quíelle maintient.
4 L'ombre portée de la vierge et de l'enfant sur l'angle de la maison au-dessous des superbes gravats ; partout
la décrépitude rigoureusement propre des constructions ; le fait que les auréoles n'ont pas d'ombre.
5 Les statues, celles des anges sur le trône de la Vierge, celle de David dans sa niche, celle de Salomon
dans la sienne.
6 La duplication des personnages.
7 Les reflets sur l'armure de Sabobaï.
8 L'or damassé des fonds ; le battant de la porte Dorée, les patoches de Joachim, les pieds en général, les
cailloux.
9 Dans le saint Christophe, l'agrandissement considérable de la chapelle et de la maison dans le miroir
du fleuve. L'effervescence chinoise des rochers dans le lointain sur les eaux. Le sourire du géant tandis que
son bâton se brise.
10 La pêche miraculeuse : 1 l'auréole du Christ à aigrettes rouges,
2 les bulles,
3 les vaguelettes,
4 les herbes chevelues,
5 cubes indiquant la matière pierreuse de la montagne,
6 la foule des sommets neigeux,
7 Saint Pierre à la fois dans la barque et dans l'eau,
8 la mince cavalacade sur l'autre rive,
9 le mouvement huileux de la barque,
10 le mouvement des poissons dans le filet qu'enveloppe
celui des reflets. Pêcheurs díhommes.
L'Arc
(n° 39). Michel Butor articule des fragments descriptifs tirés de certains détailsdes peintures de l'artiste bâlois Conrad Witz (1400 1445), conservées au musée d'art etd'histoire de Genève et au Kunstmuseum de Bâle.Ces détails sont traduits dans un cadre littéraire, favorisent les rapprochements entre
des morceaux de peintures éclatés spatialement (dans des tableaux et des musées différents)
et induisent une nouvelle narration. Butor créé une peinture littéraire qui n'existe pas
physiquement, pure invention mentale, convoquant la confrontation entre l'image et le mot,
entre l'espace du tableau et l'espace plus vaste et immatériel de la littérature.
Publié par gperthu à 08:27:38 dans Anciens numéros | Commentaires (0) | Permaliens
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