• Numéro 1 | Jean Raine | textes inédits

     

    Jean Raine


    Aponévrose

     


    (1977-1981)


    Sélection de textes inédits

     


    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p><o:p> </o:p><o:p> </o:p><o:p> </o:p>Extraits de Racine in V « La Circulation »
    <o:p> </o:p>Aux prix auxquels ils sont modérez vos transports
    l'essence du désir fait pencher la balance
    d'un commerce qui nuit à notre convenance
    freinez donc vos ardeurs de peur d'accélérer
    les troubles où nous sommes et nos capacités
    de ne craindre personne.
    <o:p> </o:p><o:p> </o:p><o:p> </o:p>Au cimetière de nos désirs
    <o:p> </o:p>Encore en ce moment la mort vous sied Madame
    je ne suis pas sûr d'être  un projet pour vous
    de tombes et cénotaphes faites-vous un collier
    <o:p> </o:p><o:p> </o:p><o:p> </o:p>Aimons nos amours périssables
    <o:p> </o:p>            Certaines morts sont des vies électives. J'entrevois
    des yeux fugaces dont le regard est celui du cobra. Il
    projette son venin, deux mètres suffisent, sans le moindre
    coup de dent. Les yeux ne sont pas les organes permettant
    de savoir. Le venin est partout. Il est un poison dont
    j'oublie le nom, irrémédiablement actif lorsqu'on le
    verse dans l'oreille.
    <o:p> </o:p><o:p> </o:p><o:p> </o:p><o:p> </o:p><o:p> </o:p>Les idées à découdre
    <o:p> </o:p>            L'important dans la vie sexuelle est la tendresse.
    Je n'éprouve nul émoi lorsque l'on me provoque et que
    l'on me propose des corps nus. Pauvres sont ceux dont
    la sensualité n'est activée que par la beauté.
    <o:p> </o:p>            Je sème tout ce qu'il y a d'inactif. Je perds de
    la substance et perds plaisir à perdre. Renaître en
    somme. Raides comme un bâton, voici les langues fines.
    Tremblez. Mais pour jamais l'éternité s'agite.
    <o:p> </o:p>            Des enfants, des enfants et toujours des enfants,
    toujours du quotidien, des ballons qui s'agitent, increvable
    sont les enfants. Ici finit la parenthèse. 

     


    <o:p> </o:p><o:p> </o:p><o:p> </o:p><o:p> </o:p>Pris sur le vif
    <o:p> </o:p><o:p> </o:p>Le soleil, c'est moi, c'est toi, c'est nous, c'est
    lui, Elle, c'est le sommeil qui tourne autour de toi.
    Et toi, c'est le soleil.
    <o:p> </o:p>            Une phrase profitait des moindres moments d'inattention
    pour murmurer : « Il n'est rien de plus naturellement
    tatoué qu'un visage ».
    <o:p> </o:p>            Tes yeux sont ma raison et ta bouche est ma vie.
    <o:p> </o:p>            Son raisonnement devenait épais, visqueux.
    <o:p> </o:p>            Peu à peu apparaît un être de lumière. Des valeurs
    se sculptent dans le vide. Une voix me dicte ce qui
    suit : j'ai toujours atrocement mal au ventre.
    <o:p> </o:p><o:p> </o:p>            Les beautés de l'organe générateur de tables rondes.
    <o:p> </o:p>            Il est des jours d'une douceur un peu terne, un peu
    triste, d'une douceur d'arrière-fond.
    <o:p> </o:p>            Certaines choses ravissent ce que l'on aime. D'autres
    comme une éponge, absorbent la tristesse du cœur barbouillé.
                Régner sur un empire, un empire de paresse, est une
    œuvre du seigneur.
    <o:p> </o:p>            Les assiettes sont de rêves. Il faut mourir pour
    vivre.
    <o:p> </o:p>            Je crains de trop manger. L'estomac me promet une
    rude survie et trop d'éternité.
    <o:p> </o:p>Je suis aussi incapable de bâtir des cathédrales sur
    du néant que de suivre le cours de ma pensée. Je me
    poursuis en vain, autant en les surfaces que dans les
    eaux profondes
    <o:p> </o:p>Faire ou ne pas faire apparaître les dimensions d'une
    absence en plafonnant la crevasse de ton con révolu
    <o:p> </o:p>Vu les efforts qu'il faut dépenser pour se faire une
    fausse gloire, il me paraît plus économique de cheminer
    souterrainement.
    <o:p> </o:p>Ma main sourde et pesante ne perçoit plus ton corps.
    <o:p> </o:p>On aura beau se foutre de ma gueule : restons sérieux,
    c'est ce qui nous tuera.
    <o:p> </o:p>Bien le bonsoir les amis. Il faudra digérer les cendres
    qu'on dégueule.
    <o:p> </o:p>Il me faut pour trouver, regarder deux fois à la même place.
    Ce que l'on cherche est toujours ailleurs. La réflexion
    est souvent le démenti d'un empirisme de première recherche.
    S'obstiner est souvent un défaut.
    <o:p> </o:p>Ceux qui bossent ne font que mirifiques et misérables
    blocs de sel
    <o:p> </o:p>Etranges radicelles : Heureuse nouvelle, les radis sont
    des saisons avec un poil au cul de l'imaginaire
    <o:p> </o:p>Parturiente : Chaque naissance est l'accouchement d'un
    cerceuil
    <o:p> </o:p>Il importe d'apprendre à souffrir sans cesser de gueuler
    <o:p> </o:p>Recette : prière de lire ce texte à contre-sens pour
    enfreindre légalement le sens inverse
    <o:p> </o:p><o:p> </o:p>Aveugles compétents : Les clartés les plus pures sont
    dans les obscurités du ciel les trouées de nos rêves
    <o:p> </o:p>Le froid calme, un regard. C'est le froid du silence
    <o:p> </o:p>Aucun complexe en somme : Je suis le partenaire homosexuel
    d'une déesse pharmaceutique
    <o:p> </o:p>De la trompe aux quatre pattes : Etre l'amnésique à la
    mémoire d'éléphant
    <o:p> </o:p>Caligula : Le raffinement, devenir un barbare de la plus
    extrême perversité
    <o:p> </o:p>Un théâtre de feu sans portes de secours, retraite anti-
    cipée pour tout pompier en service.
    <o:p> </o:p>Résignation : Aussi lâche que Néron, aussi brute que
    Bhurus
    <o:p> </o:p>Inquiet d'une sexualité passivement virile
    (après une semaine de retraite en Octobre 1981)
    <o:p> </o:p>Il faut gratter ses puces, surtout si l'on n'en a pas
    <o:p> </o:p>Je ne veux pas la mort de Sartre
    Il n'est plus temps puisqu'il n'a pas attendu pour trépasser.
    <o:p> </o:p><o:p> </o:p><o:p> </o:p><o:p> </o:p>            La lumière est la honte de ma lampe de chevet.
    Tout créer dans le noir, non pas comme un aveugle, mais
    avec l'œil obscur de ceux qui taraudent la nuit et qu'un
    plein jour exaspère.
    <o:p> </o:p>            Réduire la comparaison à une homologie est une
    erreur tragique. Rien ne ressemble plus à ce qui est
    différent qu'une différence.
    <o:p> </o:p>            Je résilie ma condition d'homme, je résilie tout
    contrat. Je cherche en mon absence des êtres aussi étranges
    que moi
    <o:p> </o:p><o:p> </o:p><o:p> </o:p><o:p> </o:p>Les abus du trompe l'œil
    <o:p> </o:p>            Qui filmez-vous et pour quoi faire ? Le cinéma, je
    connais. J'ai réalisé quelques films et collaboré à une
    trentaine d'autres. A moins d'être le crétin
    le plus parfait, on se rend compte que l'image, celle
    des autres et celle de soi, est la seule réalité : une
    réalité pelliculaire. L'image peinte sur la toile ou
    projetée sur un écran a moins de consistance qu'une bulle
    de savons, à cette différence que lorsqu'une bulle explose,
    tout est resté intact de ce qu'elle enveloppait. Pas
    utile de chercher à la bulle une identité, un moi profond,
    une conscience, un inconscient, tandis que l'homme
    épaissit son enveloppe, en fait une coquille, en durcit
    la paroi qui l'isole et le protège dérisoirement. 

     


    <o:p> </o:p><o:p> </o:p><o:p> </o:p><o:p> </o:p><o:p> </o:p><o:p> </o:p>Mâchoire pour dent seule 
    <o:p> </o:p><o:p> </o:p>            La bêtise offre une cible au laser. On la sème
    comme l'ortie urticante. Elle révulse celui qui s'y frotte,
    elle ne fait que faire balbutier. Il suffit d'une dispo-
    sition à la douleur pour souffrir. Nécessaire est une
    autre aptitude à mourir du mal dont on est la victime
    peut-être sous son charme. Abolir toute idée d'immortalité. 

     


    <o:p> </o:p><o:p> </o:p>Notice 
    <o:p> </o:p>            Le trépas porte barbe, yeux ardents, un cri d'éléphant
    rauque affecte de vouloir cheminer dans un linceul
    new-look. De fait la mort chemine toujours bras dessus
    bras dessous avec un corps précis. Parfois avec son
    ombre alourdie et tout le corps titube. Dans le meilleur
    des cas elle vient en sens inverse. Impatiente, elle
    inflige un revers sans appel. Elle fait grâce aux
    lenteurs, elle feint d'accompagner mais elle télescope.
    son coup de grâce est la résurrection présente et rayon-
    nante au prochain rendez-vous

     


    <o:p> </o:p><o:p> </o:p><o:p> </o:p><o:p> </o:p><o:p> </o:p>Corps et âme
    <o:p> </o:p><o:p> </o:p>            Le drame de l'homme est de passer le plus souvent
    à côté de son destin. On aime à porte à faux ; on ignore
    l'amour de ceux qui vous aiment. On part désespéré vers
    des rivages qui ne sont de nulle part, même pas les rivages
    du rêve. On meurt désenchanté en chantant. On part
    avec espoir. On n'a rien à se dire qu'un adieu. Au mieux
    un au-revoir, lorsqu'un crétin optimiste vous crache ce
    venin.

     


    <o:p> </o:p><o:p> </o:p>Exégèse d'un poème
    <o:p> </o:p><o:p> </o:p>            La réussite est à coup sûr acquise. Ma mémoire
    imprécise, et tout s'évanouit. De même les idées, dans
    un galop, font la preuve malle du jockey et des sabots.
    j'accapare un mat non spécialement dressé pour les
    couleurs de la déroute. (Avons-nous été mariés l'un à
    l'autre, mon amour ?) pour renouer, à terme, cette ultime
    défaite. Je me sentirais mort dans la peau d'une Wellington
    ou d'un Bluscher.
    <o:p> </o:p>             J'implore de te lèvres un baiser irrecevable comme
    les phrases qui nidiffent dans l'inconscient d'un petit
    écolier : « Tante Jeanne aime oncle Paul »... Laissons
    à Maupassant le soin d'écrire le reste.
    <o:p> </o:p>            Il se passe à peine quelques instants. Déjà j'oublie
    ma femme sans encore t'aimer. Surtout pas d'illusions.
    le Brésil est un rêve, fantôme de nuits blanches, mais
    auxquelles mon rêve, en son sommeil, a renoncé. 

     


    <o:p> </o:p><o:p> </o:p>Le sel et le pétrole
    <o:p> </o:p><o:p> </o:p>            J'entre dans un laboratoire, une caverne dont l'obs-
    curité est totale. Rien de visible et cependant... La
    vision s'impose avec ardeur, aveuglante. Un trop-plein
    de lumière aura créé la panne, les clairs obscurs, les
    fausses cécités. L'homme est constitué de tas d'organes
    inutiles pour la plupart auto-destructeurs. Les acides
    ribonucléiques sont au centre de ma cible. Les superstruc-
    tures sont comme les plates-formes pétrolières en mer du
    Nord.
    <o:p> </o:p>            J'eus aimé m'abîmer dans mes rêves s'ils n'eussent
    été des fragments de néant. Toujours environnants, les
    semblants d'une réalité qui altèrent, en la ralentissant,
    une fuite. 
     
    <o:p> </o:p>Regard aveugle
    <o:p> </o:p><o:p> </o:p>            Je me prends par la main et m'en vais en silence,
    l'absence dont je souffre est un mal si soudain que
    je presse le pas. La mort est un abîme et une délivrance
    au sens hideux du mot, au sens où se concentre un faisceau
    de regards. Un hibou attentif dont je suis le gardien,
    le prisonnier de ceux que les visions étouffent.

     


    <o:p> </o:p><o:p> </o:p><o:p> </o:p>Note personnelle
    <o:p> </o:p>A Gaston Bachelard pour sa philosophie
    de non
    <o:p> </o:p><o:p> </o:p>            Deux vecteurs pour comprendre le sens de ma vie
    et de mon œuvre tous deux orientés par la réflexion de
    Guillaume Apollinaire, farfelu parfois, comme il se doit.
    <o:p> </o:p>            1° perdre, mais perdre vraiment pour laisser place
    à la trouvaille.
    <o:p> </o:p>            2° Que la vie est lente et l'espérance violente.
    <o:p> </o:p>Glose : Il suffit de très peu d'imbécillité à l'état pur
    pour l'enrichir et rendre l'intelligence dangereusement
    radioactive.
    <o:p> </o:p>            Prendre le contrepied de Descartes pour le rendre
    crédible : je pense donc je cesse d'être, ce sera la
    preuve par l'absurde.
     
    <o:p> </o:p><o:p> </o:p><o:p> </o:p><o:p> </o:p>

     

    Réflexion non circontancielle

    <o:p> </o:p><o:p> </o:p>

                Pour donner à l'image la pureté et le poids; il

    faut la soummetre, au sens de Bachelard, à une rêverie

    psychanalysante; ensuite dans un second temps, lui

    donner la force et la rigueur de la plus simple expression.

    <o:p> </o:p>

                Le sens ne doit pas structurer le discours. Le court-

    circuit, comme un choc de particules provoqué par leur

    dynamisme propre et par le champ magnétique que devient

    le poème, est le meilleur moyen de nouer les images. Les

    mots clefs sont des noyaux. Aux entours, avec tout l'esprit

    de finesse dont on est capable, il faut donner aux autres

    mots, sans compromettre l'équilibre, leur valeur d'électron.

    Un abus d'électrons donne à l'image un caractère instable,

    forcément boîteux. Sur le plan grammatical, j'en tire

    comme conclusion qu'il faut laisser des vides, être économe

    de tous les mots de liaison superflus. Je ne connais

    par exemple pas de conjonction coordonnante

    ou subonrdonnées qui ne soient, sauf  si elles sont

    l'objet-même du discours ou nécessaires à des «respirations»,

    à proscrire. Il en va de même des articles ou pour la

    ponctuation. Ceci est d'importance capitale. En supprimant

    les signes, en allant à la ligne, on décide de la structure

    du vers qui doit s'articuler tout en se suffisant à lui-même.

    De là dépend toute la rythmique du poème, si de surcroît

    l'on a souci de la musicalité de l'image.
    <o:p> </o:p>

     


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